Texte d’Amélie Blanchette, doula.

Les accompagnantes à la naissance sont invitées dans l’expérience de mères et de pères qui vivent une période extrêmement riche: celle de l’arrivée de leur enfant. Offrant aux parents un support inconditionnel mais non-médical, les accompagnantes prennent pied sur…leurs antennes! Qu’on se le dise, toutes les accompagnantes à la naissance sont des femmes sensibles; tellement sensibles qu’elles ont choisi, envers et contre beaucoup de choses, de faire de cette sensibilité un des piliers de leur métier.

Comment se forment-elles, ces antennes de doulas, et à quoi servent-elles ?

Pendant la grossesse :

Généralement, les parents auront pu partager plusieurs heures avec leur accompagnante avant l’accouchement; on aura parlé beaucoup d’accouchement, de corps de femmes qui accouchent, de vécu de père, d’anticipation, de leur histoire personnelle, de leurs attentes ou craintes face à l’accouchement, de préparation de l’allaitement, de mythes, d’attentes face aux premières semaines avec bébé… de tout ce qui constitue la trame de la venue de ce bébé. Lors de certains accompagnements, j’ai du passer plus d’une douzaine d’heures avec les couples avant la naissance de leur bébé (ajoutons à ça les conversations téléphoniques et les courriels échangés).

Moments importants qui me laissent entrevoir une partie de la personnalité des parents.

Souvent, on aura aussi bougé; on aura fait des étirements, des massages pour soulager la mère de ses maux de fin de grossesse, l’aider à se détendre et pour commencer à envisager aussi la danse qui sera celle de cette famille au jour de l’accouchement.

On aura parcouru différents outils de gestion de la douleur, les suspensions, les points de pression, etc…après tout, accoucher ça se fait avec le corps, avec son cœur aussi, mais pas avec sa tête. Cette présence au corps restera un bon outil pour les semaines suivant l’accouchement et pour la vie entière.

Il se sera donc tissé, au fil des semaines, un fort lien de confiance et beaucoup d’amour entre les parents et leur doula. C’est pour cette raison que la plupart des accompagnantes choisiront de travailler en offrant beaucoup de temps aux parents avant (et pendant) l’accouchement.

C’est en partant de cette connaissance de l’autre que l’accompagnante pourra être sensible aux besoins des couples tout au long de la naissance de ce bébé.

Puis, la doula se tient prête; et un jour…( ou une nuit) :

L’accompagnante rejoindra ses accompagnés; elle les connaît et les aime (c’est vrai; on ne peut accompagner que si on aime). Elle restera auprès d’eux tout au long de cette expérience véritablement transformatrice que sera la naissance de ce bébé-là, au sein de cette famille-là.

Elle sera là, avec ses antennes bien ouvertes, munie des multiples informations qu’elle aura captées au long des semaines précédentes; il s’agit bien plus d’impressions, d’instinct, de tendresse que d’analyses… précieuses impressions venues du temps passé ensemble, des conversations et questionnements qui en ont découlé.

Elle se connectera à son propre ressenti, à son instinct; elle sera attentive aux besoins des parents, aux tensions, aux bouffées d’inquiétude qui surgissent parfois, elle saisira au vol chaque avancée de la mère dans son propre chemin d’ouverture et d’accueil de son bébé. Reliée à tout ce qu’elle connaît de ces parents, elle pourra sentir quand parler à la mère, quand s’éloigner un peu pour préserver l’intimité du couple, quand rassurer le père d’un regard, quand rester simplement tout près, quand toucher la mère (ou pas), quand sortir discuter avec les infirmières ou médecins pour que chacun expose sa lecture de cet accouchement ( trésor quand c’est possible). Elle aura le grand privilège de voir, sous ses yeux (souvent émus, toujours remplis de gratitude), une femme devenir une mère, un homme devenir un père, deux femmes devenir mères chacune à leur façon. Elle assistera dans la bienveillance à ces heures uniques et précieuses..elle verra  aussi un(e) mini-humain(e) venir au monde, dans sa grande compétence et ses réflexes. Elle assistera à la rencontre entre ce bébé et ses parents, chacune unique et toujours magnifique. Elle connaîtra donc un petit peu l’histoire de cette naissance; ce qui s’ajoute encore au contenu de ses antennes!

Puis viennent les premiers jours, semaines et mois avec bébé :

Période déstabilisante s’il en est, qui remue un peu (beaucoup) les fondements des personnes qui deviennent parents; qui chamboule aussi le système qu’était cette famille avant l’arrivée de mini-humain(e).

À quoi peuvent donc servir des antennes de doula, en période post-partum?

  • À écouter, beaucoup. À offrir un espace pour raconter l’accouchement; raconter le vécu de l’accouchement.
  • À relier le vécu en post-partum au vécu de l’accouchement; en effet, si l’amour est toujours au rendez-vous, l’attachement, l’allaitement et l’adaptation au rôle de parent peut être teinté des couleurs de l’accouchement. Le normaliser, c’est permettre à la mère et au père de prendre leur temps, de construire leur lien d’attachement avec leur bébé dans leur réalité.
  • À souligner les bons coups des parents, à valider leur compétence et les amener à la voir.
  • À tenter, bien humblement, de soutenir les parents dans la recherche de leurs propres solutions aux milliards de nouveautés qui les assaillent.
  • À soigner un peu, parfois, le corps de la mère.
  • À honorer : la mère, le père, le bébé, le(s) aîné(e)s.
  • À rassurer sur ce qui est normal
  • À référer vers d’autres ressources quand son instinct ou ses connaissances lui soufflent que ce n’est peut-être pas normal.
  • Certaines accompagnantes offrent aussi le service d’aide aux relevailles; elles soutiennent ainsi très concrètement l’adaptation et la récupération des familles après l’arrivée de bébé.

Ces antennes de doula, elles rendent riches parce-qu’elles prennent leur temps. Beaucoup de temps avec les parents accompagnés, et beaucoup de temps aussi dans la vie de l’accompagnante qui, à mesure que ses antennes se développent, s’offre à elle-même ce cadeau de la présence. C’est un parcours qui ne s’achève jamais, et c’est parfait ainsi.

 

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