Photo livre «rituels de femmes pour réenchanter la maternité» I. Challut. Le courrier du livre.

Devenir père…on en parle peu et peut-être trop souvent en terme d’attentes et de réponses aux besoins des mères.

Mais qu’en est-il de leur rôle propre, de leurs inquiétudes, de leurs difficultés, de leurs besoins?

Le chemin de la paternité est different de celui de la maternité. Les pères ne sont pas des mères de substitution.

Pour les hommes, le besoin d’autonomie et de compétence semble très important dans leur nouvelle paternité. Ils ont aussi besoin d’être reconnus par leur entourage.

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Voici un extrait de résultats de recherches sur l’engagement paternel[1]:

  • «L’engagement des pères durant la grossesse diminue les risques de complications obstétricales à la naissance et le taux de mortalité infantile
  • L’engagement du père durant l’allaitement contribue à l’amorce et la poursuite de l’allaitement sur une plus longue période
  • L’engagement du père contribue au développement du langage chez l’enfant de sorte qu’il est plus élaboré et diversifié.
  • L’engagement du père contribue à l’attachement que développe l’enfant à son égard, ce qui accroit la mémoire de l’enfant, sa capcité d’adaptation et sa capacité d’entretenir des relations amicales saines
  • L’engagement du père auprès de son enfant contribue au contrôle plus efficace des émotions de celui-ci, ce qui a, à long terme, un impact sur son comportement et son bien-être psychologique.
  • L’engagement du père auprès de son enfant prévient, directement ou indirectement, la négligence et la maltraitance.»

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Et le grand voyage de la paternité débute avec  la grossesse et l’accouchement.

Mon expérience auprès des couples en prénatal m’a permis d’observer l’impact d’une information complète sur l’accouchement et les premières semaines de vie de l’enfant visant l’autonomie du couple.

Les pères tiennent plus à s’impliquer et à participer activement à la naissance lorsqu’ils ont reçu une préparation qui les informe et leur donne des outils concrets. Ils ont besoin de comprendre le sens de ce passage, tout comme les femmes d’ailleurs.

Voici deux extraits d’une interview réalisée par les accompagnantes de Pleine Lune auprès de pères qui ont été préparés et accompagnés pour la naissance de leur enfant (vidéo à la fin de l’article):

«L’accompagnante permet de donner un rôle au père, celui qu’il devrait avoir, soutenir, aider à ce que ça se passe bien.»Yann B.

«Ça a été un support que je ne pensais pas pouvoir avoir. Je me sentais bien; je sentais que je pouvais faire ce que je voulais. Je me sentais complété.»Philippe L.

 

Les pères semblent vivre beaucoup moins de sentiment d’impuissance lorsqu’ils sont informés de solutions actives et simples qu’ils peuvent mettre en pratique pour soulager leur compagne et favoriser l’accouchement.

J’observe aussi que les pères s’impliquent plus dans les premières semaines de vie de l’enfant lorsqu’ils ont été écoutés quant à leur implication pour l’accouchement.  Ils peuvent ainsi vivre pleinement la naissance de leur enfant sans stress et avec toute la liberté de ressentir, d’être émus, bouleversés, présents ou non à chaque instant. Souvent, c’est la présence d’une accompagnante qui offre l’espace au père de «devenir père» sans pression de performance.

 

 

 

 

Dans un petit livre fascinant[4], l’auteure Fabienne Cazalis cite une recherche très intéressante qui confirme encore une fois la formidable organisation hormonale de notre espèce qui se met en place à la naissance. Des habitudes, croyances et routines nous coupent malheureusement souvent de ces modifications hormonales d’adaptation.

Elle nous explique que la mère allaitante sécrète une hormone, la prolactine, qui permet la production du lait maternel. Un niveau très élevé ou très bas de prolactine induit une réduction de l’appétit sexuel. Elle est aussi impliquée avec l’ocytocine dans le processus d’attachement avec l’enfant. «De façon très intéressante, une étude montre que chez le père aussi, il y a une augmentation du taux de prolactine après la naissance de l’enfant, proportionnellement à l’attachement qu’il éprouve pour son bébé [5]. On peut même observer cette augmentation de prolactine en parallèle avec une diminution de la testosterone chez le futur papa pendant la grossesse de sa compagne. Ainsi, le lien qui unit le père à son bébé reflète une symphonie neuro-hormonale similaire à ce qu’on observe chez la mère.»

Nous pouvons donc parler d’une harmonisation du couple dans les premières semaines de vie du nouveau-né afin d’être disponibles pour répondre à ses besoins de base. Ces couples ne semblent pas souffrir d’une vie de couple insatisfaisante: au contraire ils semblent renforcés.

Ces observations témoignent des processus vécus par les nouveaux pères qui sont encore mal connus.

 

Je peux observer, depuis la mise en place du programme de congé parental au Québec qui permet aux pères de rester 5 semaines à la maison après la naissance, de grands changements dans leur attitude et leurs comportements. En passant plus de temps avec leur enfant, les pères découvrent son immense potentiel de communication. Ils s’attachent plus et surtout ils apprennent à le connaitre.

Ces pères se sentent compétents car ils participent plus aux soins, passent du temps seuls avec leur enfant et développent une plus grande confiance en leurs capacités de père. Ils apprennent à observer comment l’enfant se développe, comment il manifeste ses besoins et ils semblent plus enclins à y répondre lorsqu’ils ont vécus pleinement avec lui dès ses premières semaines .

J’encourage donc les pères à passer du temps auprès de leur enfant, dès sa vie intra uterine, lui parler, le toucher , écouter ses manifestations, observer ses mouvements. Puis, participer à l’accouchement, se faire aider pour ne pas être seuls responsables du bien-être de leur conjointe.

Par la suite, prendre du temps avec le bébé: se munir d’un bon système de portage et aller se promener avec lui,  lui parler de votre vie,  lui décrire le paysage. Croyez moi, vous serez fascinés par son écoute et sa joie d’être avec vous. Les liens tissés seront alors très forts.

Outil complémentaire : dans mon dernier livre «rituels de femmes pour ré-enchanter la maternité» je décris plusieurs rituels/pratiques pour créer un bon lien père/bébé pendant la grossesse.

I.Challut

 

VIDÉO: des pères témoignent de la présence d’une accompagnante 

[1]«La place des pères dans les politiques publiques en périnatalité et petite enfance : le père est-il considéré comme un déterminant de la santé et du développement de l’enfant»– Francine de Montigny, ph. D, titulaire de la chaire de recherche du Canada sur la santé psychosociale des familles – Kate St Arnault, coordonatrice de la Chaire de recherche du Canada sur la santé psychosociale des familles avec la collaboration de Raymond Villeneuve, directeur du regroupement de valorisation de la paternité. Avril 2013 cerif.uqo.ca 

[4]Fabienne Cazalis, curiosités de l’enfantement, L’Instant présent, 2011

[5]Kim Pilyoung K. et al., The plasticity of human maternal brain : longitudinal changes in brain anatomy during the early postpartum period, Behavioral neurosciences, 2010, 124(5), 695-700

 

 

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