Je vois plusieurs dizaines de couples chaque année se préparer à accueillir leur enfant. Le cheminement de la femme et celui de l’homme sont différents dans ce processus. Beaucoup de place est donnée à la femme qui vit et porte cet enfant au quotiden et qui va devoir se préparer pour la naissance:  comprendre les processus de l’enfantement et apprendre à faire confiance à son corps.

Il m’apparait très important de redonner plus de place aux pères et à leur «devenir père» autant en pré, per et post natal. Nous avons un système médical qui a eu tendance à infantiliser les parents et à les orienter sans se préoccuper de leurs valeurs ou choix de vie. C’est ainsi que depuis plusieurs années, de nombreux cours prénataux offerts par les CLSC ont la mauvaise réputation de ne rien apprendre aux parents et sont désertés. La plupart des couples lisent, s’informent et beaucoup recherchent plus d’autonomie et d’implication  dans leur vie.

Pour les hommes, le besoin d’autonomie et de compétence semble très important dans leur nouvelle paternité. Ils ont aussi besoin d’être reconnus par leur entourage.

Voici un extrait de résultats de recherches sur l’engagement paternel[1]:

  • «L’engagement des pères durant la grossesse diminue les risques de complications obstétricales à la naissance et le taux de mortalité infantile
  • L’engagement du père durant l’allaitement contribue à l’amorce et la poursuite de l’allaitement sur une plus longue période
  • L’engagement du père contribue au développement du langage chez l’enfant de sorte qu’il est plus élaboré et diversifié.
  • L’engagement du père contribue à l’attachement que développe l’enfant à son égard, ce qui accroit la mémoire de l’enfant, sa capcité d’adaptation et sa capacité d’entretenir des relations amicales saines
  • L’engagement du père auprès de son enfant contribue au contrôle plus efficace des émotions de celui-ci, ce qui a, à long terme, un impact sur son comportement et son bien-être psychologique.
  • L’engagement du père auprès de son enfant prévient, directement ou indirectement, la négligence et la maltraitance.»

Mon expérience auprès des couples en prénatal m’a permis d’observer l’impact d’une information complète sur l’accouchement  et les premières semaines de vie de l’enfant visant l’autonomie du couple.

  • Les pères tiennent plus à s’impliquer et à participer activement à la naissance lorsqu’ils ont reçu une préparation qui les informe du déroulement de l’accouchement et des choix qui s’offrent à eux lorsque la naissance se passé physiologiquement. Ils ont besoin de comprendre le sens de ce passage, tout comme les femmes d’ailleurs.

Voici deux extraits d’une interview réalisée par les accompagnantes de Pleine Lune[2] auprès de pères qui ont été préparés et accompagnés pour la naissance de leur enfant[3]:

«L’accompagnante permet de donner un rôle au père, celui qu’il devrait avoir, soutenir, aider à ce que ça se passe bien.» Yann B.

«Ça a été un support que je ne pensais pas pouvoir avoir. Je me sentais bien; je sentais que je pouvais faire ce que je voulais. Je me sentais complété.» Philippe L.

  • Les pères semblent vivre beaucoup moins de sentiment d’impuissance lorsqu’ils sont informés de solutions actives et simples qu’ils peuvent mettre en pratique pour soulager leur compagne et favoriser l’accouchement.
  • J’observe aussi que les pères s’impliquent plus dans les premières semaines de vie de l’enfant lorsqu’ils ont participé activement au support de leur conjointe pendant l’accouchement: la mère qui donne naissance a besoin de se sentir en sécurité, elle a besoin de support affectif, d’amour et parfois aussi de support physique (pour prendre des positions qui soulagent). Son conjoint peut lui offrir cette présence amoureuse et sécurisante. Les hommes ont aussi besoin d’être supportés pour prendre cette place et se faire confiance dans la salle de naissance. L’équipe médicale et infirmière peut les aider tout comme une accompagnante à la naissance (ou doula).

Geneviève Lamothe , auteure, a rencontré, pour l’écriture d’un livre, cinq pères qui se sont confiés à elle: «Pour exprimer ce que j’ai senti, à travers les entrevues réalisées, une citation de Claude-Emile Tourné s’Impose: «le père porte la mère qui porte.»[5] À mon sens, cela représente bien la distance qu’ont les pères avec le processus physiologique de part le fait que ce sont les mères qui portent le bébé. Ils ont le désir de participer malgré tout et tentent de se rapprocher de l’enfant via la mère. Cela est sans contredit un poids que seul l’homme porte. Le poids, souvent, de ne pas pouvoir faire plus qu’être là, autant durant la grossesse que l’accouchement.»

Un autre point est important par rapport à la présence du père lors de l’accouchement et de l’impact possible sur la vie sexuelle du couple. Il se peut que la vision de la transformation anatomique de sa conjointe entraine un désintérêt sexuel par la suite et cette crainte est présente chez certains hommes. Dans un petit livre fascinant[6], l’auteure Fabienne Cazalis cite une recherche très intéressante qui confirme encore une fois la formidable organisation hormonale de notre espèce qui se met en place à la naissance. Des habitudes, croyances et routines nous coupent malheureusement souvent de ces modifications hormonales d’adaptation. Elle nous explique que la mère allaitante sécrète une hormone, la prolactine, qui permet la production du lait maternel. Un niveau très élevé ou très bas de prolactine induit une réduction de l’appétit sexuel. Elle est aussi impliquée avec l’ocytocine dans le processus d’attachement avec l’enfant. «De façon très intéressante, une étude montre que chez le père aussi, il y a une augmentation du taux de prolactine après la naissance de l’enfant, proportionnellement à l’attachement qu’il éprouve pour son bébé [7]. On peut même observer cette augmentation de prolactine en parallèle avec une diminution de la testosterone chez le futur papa pendant la grossesse de sa compagne. Ainsi, le lien qui unit le père à son bébé reflète une symphonie neuro-hormonale similaire à ce qu’on observe chez la mère.»

Nous pouvons donc parler d’une harmonisation du couple dans les premières semaines de vie du nouveau-né afin de focuser ensemble sur les besoins de l’enfant et son développement. Ces couples ne semblent pas souffrir d’une vie de couple insatisfaisante; au contraire il semble renforcé.

Ces observations témoignent des processus vécus par les nouveaux pères qui sont encore mal connus. Je peux observer, depuis la mise en place du programme de congé parental qui permet aux pères de rester 5 semaines à la maison après la naissance, de grands changements dans leur attitude et leurs comportement. En passant plus de temps avec leur enfant, les pères découvret son immense potentiel de communication et s’attachent plusà  lui, passent plus de temps avec lui.

Ces pères se sentent compétents car ils participent plus aux soins, passent du temps seuls avec leur enfant et développent une plus grande confiance en leurs capacités de père. Ils apprennent à observer comment l’enfant se développe, comment il manifeste ses besoins et ils semblent plus enclins à y répondre lorsqu’ils ont vécus pleinement avec lui dès ses premières semaines .

J’encourage donc les pères à passer du temps auprès de leur enfant, dès sa vie intra uterine, lui parler, le toucher , écouter ses manifestations, observer ses mouvements. Puis, participer à l’accouchement, se faire aider pour bien supporter sa conjointe sans porter le poids de tout savoir : être une présence amoureuse qui permet à leur femme de se faire confiance pour  la naissance. Par la suite, prendre du temps avec le bébé: se munir d’un bon système de portage et  aller se promener avec lui,  lui parler de votre vie,  lui décrire le paysage. Croyez moi, vous serez fascinés par son écoute et sa joie d’être avec vous. Les liens tissés seront alors très forts.

[1] «La place des pères dans les politiques publiques en périnatalité et petite enfance : le père est-il considéré comme un déterminant de la santé et du développement de l’enfant» – Francine de Montigny, ph. D, titulaire de la chaire de recherche du Canada sur la santé psychosociale des familles – Kate St Arnault, coordonatrice de la Chaire de recherche du Canada sur la santé psychosociale des familles avec la collaboration de Raymond Villeneuve, directeur du regroupement de valorisation de la paternité. Avril 2013 cerif.uqo.ca

[2] www.centrepleinelune.com

[3] http://www.youtube.com/centrepleinelune

[5] Claude-Emile Tourné, Le Naissant : ce petit tout qui fait un homme, Paris, L’Harmattan, 2007, 4e de couverture.

[6] Fabienne Cazalis, curiosités de l’enfantement, L’Instant présent, 2011

[7] Kim Pilyoung K. et al., The plasticity of human maternal brain : longitudinal changes in brain anatomy during the early postpartum period, Behavioral neurosciences, 2010, 124(5), 695-700

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