Écouter les murmures de la vie

crédit photo : Marie-Ève B.Lévesque

Toute expérience d’accompagnement d’un passage de la naissance à la fin de vie est un moment unique qui nous propulse dans une recherche de justesse, de profondeur et d’adaptation. 

Parce-que ces passages nous offrent une traversée qui est beaucoup plus vaste qu’une expérience médicale. 

Ils nous proposent d’écouter les murmures de la vie. 

Les témoignages le prouvent jour après jour. 

Une femme qui met au monde dans le respect de ses besoins, dans sa liberté de mouvement, ne prend pas de risque mais facilite les processus intrinsèques. Cette traversée aux confins de ses limites révèlera sa force.

Une personne qui meurt, accompagnée dans la confiance, peut se laisser aller en toute sécurité, soutenue par l’amour. 

L’absence de peur dans un passage de vie, ouvre la porte à des expériences que nous avons du mal à nommer. Tout ce qui est intangible, de l’ordre du vécu, de la dimension spirituelle, n’ayons pas peur des mots, rend inconfortable.

Or la réparation d’un corps ou la surveillance des constantes médicales ne sont qu’une des facettes d’une expérience beaucoup plus vaste. 

Une personne en fin de vie ne se préoccupe pas des doses de calmants ou des pansements : elle ne parle que de ce qu’elle vit, traverse, transforme, affronte ou laisse aller. Elle a besoin de dire, de pleurer, d’être touchée sans qu’on la prive de son vécu. 

Une femme qui a mis au monde sans perturbation nous témoigne d’une expérience transformatrice, parfois difficile, intense, bouleversante mais initiatique. Elle ne parle pas des interventions médicales qu’elle a pu subi

Dans cette intensité de la vie, seul l’essentiel compte. 

Les besoins sont les mêmes quel que soit le passage : ce qui importe est la sécurité, la douceur, la compréhension, l’amour qui permet de traverser un tel passage avec moins de peur et plus de force et sérénité.

Les soins médicaux peuvent apporter un soutien essentiel aussi, mais, dépourvus de l’accompagnement qui les enveloppent et les rend supportables, ils ne seront pas suffisants, voire non efficaces.

Car un passage est un moment de vie. Plein de vie. Jamais facile, mais faisant partie de la vie.

Un environnement bienveillant, à l’écoute des besoins de celui ou celle qui vit ce passage est fondamental afin qu’elle ne perde pas pieds. 

La présence de personnes connues, choisies, dont la voix et les mots sauront rassurer et aimer est une évidence. Ainsi, quelle que soit l’issue, la souffrance intérieure sera pansée, aimée sans condition aucune.

Dans la réalité hospitalière et sociale actuelle, notre système de santé continue de centrer ses soins sur l’aspect physique et médical. 

Bien sûr, il manque des professionnels.

Bien sûr, nous sommes encore en période de risque d’éclosion covid.

Bien sûr, je peux énumérer plein de raisons que l’on me rabâche pour justifier cette situation.

Mais je n’y crois pas .

Car l’accompagnement est discret, simple et partie intégrante de la vie. 

Il est disponible au creux de la vulnérabilité de chacun.