Extraits de réflexions sur la naissance et la mort.

«Célébrer la naissance […] le fait d’entrevoir un aspect du réel qui reste voilé pour nous autres, mortels ordinaires.[1]»

«Quelque-chose nait qui n’était jamais né avant, quelque chose qui s’enfante en fin de vie. Ce travail de naissance au seuil de la mort est surréaliste pour moi…réussir à naitre avant de mourir.[2] »

«L’enfant à peine né diffuse un temps, autour de lui, la clarté de cet autre royaume, dont la naissance vient de l’arracher. L’unité originelle dont sa venue au monde le sépare, et où la mort plus tard le laissera reprendre sa navigation interrompue, emplit encore ses prunelles d’une sérénité et d’une gravité telle qu’il arrive, à celui qui s’y penche, d’y sombrer corps et âme.[3]»

J’ai commencé à animer le séminaire «accompagner la vie», dans lequel je parle de la naissance et de la mort. Ces deux passages me fascinent depuis des années et j’y vois des similitudes troublantes que d’autres ont dévoilées déjà et que je propose d’explorer en conscience afin de se les réapproprier.

Depuis presque 20 ans, j’écris et je parle de naissance et d’accouchement. Tout est parti d’une expérience personnelle puissante qui m’a ouvert le corps et le cœur et m’a transformée à jamais. Pourtant, la femme et l’infirmière que j’étais n’avait jamais entendu parler de cette possibilité d’expansion en accouchant. On m’avait parlé de douleur, de risques et d’interventions nécessaires.

Et puis j’ai été confrontée à la mort à travers mon travail en milieu hospitalier et en unité de soins palliatifs.

En accompagnant vers la mort, j’ai été frappée de la similitude des besoins de ces personnes et des femmes qui accouchent : intimité, tranquillité, amour, sécurité, confiance, joie, respect, liberté, rythme respecté…

Quelques inspirations que nous explorons lors du séminaire:

– Choisir la peur ou l’amour, quelque soit le passage.  On se réjouit de la naissance d’un bébé mais la plupart des femmes rencontrées ont terriblement peur de l’accouchement. Beaucoup aimeraient éviter ce passage, ne rien sentir … Or la peur bloque les processus de l’accouchement et augmente la douleur. C’est l’ocytocine, l’hormone de l’amour qui orchestre l’enfantement : elle permet la naissance, elle plonge la femme dans un état de conscience propre à l’abandon, elle lie ces deux êtres à jamais…Mais elle a besoin de tranquillité, de confiance et d’intimité pour être sécrétée abondamment.

Contrairement à la naissance attendue, personne ne se réjouit de la mort et la peur est au rendez-vous la plupart du temps.  Pourtant, nous allons tous mourir. Reconnaître que la mort fait partie de la vie, s’y préparer et l’accompagner avec paix, amour et gratitude nous libère de notre peur et nous permet de vivre pleinement notre vie !

–       – Naître et mourir en sécurité. Depuis quelques décennies, ces deux passages fondamentaux ont été transférés à l’hôpital, loin du confort et de la sécurité qu’ils requièrent tous les deux. Être entouré des gens aimés, dans un environnement rassurant et calme favorise la naissance tout comme la mort. Vivre ces passages à son rythme, sans stress, dans un environnement connu et sans bavardage inutile, ouvre dans les deux cas la possibilité d’une expérience profonde et transformatrice.

– Le besoin d’essentiel : quelque soit le passage, la puissance de la vie qui se déploie invite à la justesse. La conscience s’ouvre et ne supporte pas de diminuer la grandeur de l’expérience…quoi qu’il se passe physiquement.

«Ne plus avoir peur, ne plus contrôler, ne plus gérer,

Honorer en présence ce qui se vit,

Avancer avec cette femme sur son chemin,

Avancer avec son homme à ses côtés,

Aimer ce qu’elle vit,

Avoir confiance en elle,

Respecter son rythme.

Je sais qu’elle a peut-être peur de mourir,

Et puis, elle s’abandonne… et sourit,

Elle devient la Femme source de vie,

Celle qui n’a plus peur.

Elle sent la vie en elle qui ouvre la voie,

Elle comprend qu’elle n’a nul besoin d’être sauvée,

Elle touche à sa toute-puissance de femme[4]».

« Je grandis. Je sens intensément cette croissance en moi. J’apprends à chaque instant comme jamais.

La souffrance a tout calciné, tout consumé en moi sauf l’amour. L’amour est ce qui reste quand il ne reste plus rien.[5] »

 

[1] Célébrer la naissance, Frédéric Leboyer, Seuil, 2007

[2] Quand la mort arrive, Stéphane Allix, Éditions de la Martinière p. 133

[3] Les âges de la vie, Christiane Singer, Albin Michel, p.41

[4] Rituels de femmes pour réenchanter la maternité, Isabelle Challut, Le courrier du livre, p.72

[5] Derniers fragments d’un long voyage, Christiane Singer, Albin Michel 2007

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