Crédit photo Emma Andrews Photography
Les femmes savent mettre au monde et s’accompagner depuis la nuit des temps.
Le défi, actuellement, est de retrouver la confiance en leurs savoirs et en leurs capacités. Je propose de réveiller la transmission intergénérationnelle et la sororité qui relie et renforce les savoirs de femmes.
La surveillance médicale a pris toute la place dans les suivis de maternité mais il y a un espace qui est devenu vacant : celui de la personne qui soutient, qui encourage, qui réveille la confiance, qui accompagne quoi qu’il se passe et reste présente tout au long du continuum quoi qu’il se passe.
J’ai envie de parler de ces savoirs oubliés, de cette transmission intergénérationnelle disparue, de cette intelligence des femmes à s’accompagner dans ce passage avec toutes ses dimensions : personnelle, physique, émotionnelle, spirituelle et sociale.
J’ai envie de parler des Connaissances des femmes, des traditions transmises de génération en génération avant l’ère des sciences modernes et qui ont permis à l’humanité de survivre. Où en est-on en 2026?
Lorsque ces connaissances sont transmises entre générations, elles sont reliées à une certaine connaissance intuitive qui se développe: savoir ce qui est bon pour soi, développer une réelle confiance en ses capacités, savoir comment on a envie de mettre au monde, être convaincue qu’on peut trouver le chemin.
Faire confiance à nos savoirs n’est pas notre force au 21e siècle car on est soumis à nos connaissances apprises, à un pouvoir extérieur, au savoir médical scientifique qui nous dit depuis des décennies ce qui est mieux pour nous les femmes : « réguler » nos cycles de la puberté à la ménopause, dompter nos hormones, déclencher les mises au monde…Et, à notre époque, on interroge de plus en plus l’intelligence artificielle pour tout et rien, pour avoir toujours une réponse à ce qui nous arrive.
Alors que les savoirs que l’on porte depuis des générations sont associés à une dimension moins tangible, moins «sérieuse» que la science biomédicale. Ils ont été largement dénigrés car on a l’impression que ce qui est explicable scientifiquement est plus sérieux… mais le mystère fait partie de la vie et la science biomédicale ne parvient pas à tout expliquer.
En voulant tout comprendre et tout expliquer à partir de savoirs biomédicaux, les savoirs de nos mères et grands-mères ont été enfouis dans l’oubli: on les a abandonnés, rendus obsolètes voire dangereux.
En accompagnant d’autres femmes, j’ai pourtant constaté ce réveil possible d’un savoir enfanter.
Avant l’accouchement, elles ne savent pas qu’elles savent. Et pendant la mise au monde, la présence d’une personne ayant traversé cette expérience et qui porte la confiance en elle peut soutenir assez pour permettre ce réveil et l’expression de ce savoir mettre au monde.
L’erreur actuellement est d’amener les personnes qui accouchent presqu’uniquement dans les connaissances médicales qui sont nécessaires mais pas suffisantes. Le gros défi est de nourrir la CONFIANCE tout au long des processus et les femmes ont besoin de personnes présentes capables de leur faire confiance, de les soutenir dans leurs choix et de les sécuriser.
Dans les sociétés dirigées par les hommes, les femmes ont toujours créé des espaces de sororité et de transmission de SAVOIRS qui leur appartiennent vraiment. La vision compartimentée et médicale de nos passages est incomplète.
Nous le savons.
Arrêtons de le nourrir!
Nous avons un langage qui nous appartient et qui ne doit pas mourir.
Isabelle Challut
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