Texte écrit par le père de mes enfants il y a 29 ans déjà.
«Il est un temps de ma vie qui a duré toute une vie. Il n’existe aucun mot, dans notre vocabulaire pour décrire ce que j’ai vu, ressenti, découvert et compris lors de la naissance de mon fils.
Peut-être suis-je né ce jour là.
J’ai assisté à la plus formidable des tempêtes, au plus merveilleux cataclysme naturel que la terre ait jamais connu et ne connaitra jamais. Les forces en présence ce jour là étaient puissance, volonté et douleur. La douleur envahissante rejetée d’abord, puis acceptée et enfin aimée…transcendée. Tout ce désir de vie qui déferle comme une vague de l’univers et vient se fracasser sur la femme que j’aime et qu’innocemment je pensais fragile.
Femmes, il n’y a pas de mots assez forts pour vous dire combien je vous aime et vous admire dans cet acte. Ce que j’ai découvert se résume en quelques mots : jamais de ma vie, je n’ai approché d’aussi près le rien, l’inutilité, l’impuissance.
D’ailleurs, le mot « approché » est mauvais puisque j’ai fait corps avec ces états au plus profond de mon être. Pour bien me faire comprendre, je vais reprendre l’exemple de la tempête, qui je pense est bon : où que l’on soit et quelle que soit la situation, même la pire, on peut toujours prendre une décision et agir, comme par exemple à bord d’un bateau dans une tempête. Jusqu’au bout, il y a moyen de lutter pour la vie.
Lors d’une naissance, ou peut toujours se raconter des histoires, mais le jour de l’accouchement, seule ma femme était sur le bateau. Dire que ça se passe à deux, c’est faux. Alors je me suis fait récif, celui auquel s’accrochent les naufragés en attendant que revienne le calme. J’ai essayé d’être le plus beau récif du monde, l’atoll au milieu de l’océan en furie.
Je m’adresse ici aux hommes : lors de la naissance de votre enfant, soyez le phare dans la tempête, le radeau au milieu des déferlantes. La main tendue et solide. Le rien et le tout.
Soyez présents et admirez.»
Christophe – 1997