La présence des doulas en maternité. Mythes et réalités dans la francophonie.

crédit photo Emilie Pilot, doula à l’Ile Maurice.

Quelques doulas que nous accompagnons en formation témoignent ici de leur présence auprès des parents, le jour de la mise au monde en maternité en France et ailleurs dans la francophonie. Elles nous partagent leurs expériences lorsqu’elles ont pu rentrer dans la maternité et quand elles sont restées dans le corridor, disponibles mais tenues à l’écart alors que les parents souhaitaient leur présence.

« Depuis ma formation avec le Centre Pleine Lune, j’ai accompagné 7 couples dans 8 grossesses, et j’ai eu l’immense privilège d’être présente à 6 accouchements, dans 2 structures (un CHU et une clinique privée). Les portes des structures ne se sont pas ouvertes facilement, au contraire. 

Cela s’est parfois fait dans le chantage pour mes clients, et l’humiliation pour moi. Mais je n’ai pas lâché. 

Je suis restée, avec douceur, diplomatie et ténacité, devant les portes battantes fermées. Pendant plusieurs heures. Et ma patience a payé, puisque ces portes ont fini par s’ouvrir… Quand la contraction arrive. Le papa se place au niveau de ses mains, colle son front contre le sien. Moi je me place au niveau de son dos, je la masse, la berce, lui secoue le bassin, lui pose une bouillotte chaude, et je lui glisse dans l’oreille “je sais, c’est dur. Mais tu le fais avec tellement de grâce, continue comme ça. Laisse-toi ouvrir, ton bébé veut venir, ne retiens rien”.

Et le reste du monde n’existe plus. 

Je suis également là pour apporter la serviette quand elle sort de la douche, pour porter une tisane chaude à ses lèvres quand elle a soif, pour tamiser la lumière, installer des rebozos pour les suspensions, apporter un regard rassurant si une intervention médicale est nécessaire ou souhaitée, etc. Ma présence auprès des couples lors de l’accouchement est la pierre angulaire de l’accompagnement. Et je continuerai à pousser les portes fermées pour être auprès d’eux. » Floriane, doula à la Réunion

«…Et puis je suis venue à la maternité. On s’est retrouvé dehors avec le papa et il m’a fait passer les portes l’air de rien…Et puis une sage-femme m’a demandé qui j’étais. Alors on a dit que j’étais leur Doula, et elle était si désolée de devoir refuser que j’entre… et le papa a fait sa magie, il a ajouté « oh sinon elle vient dire juste un petit bonjour… elle a fait tout le chemin jusqu’ici… » Et elle a dit d’accord mais je ne pourrai pas vous laisser longtemps, en souriant. Alors je suis entrée, et c’était bon: rien n’était proposé à la maman pour se mobiliser, le papa n’avait pas commencé à mettre en pratique les aides contre la douleur qu’on avait répété ensemble.

La maman a été contente de voir un visage connu et j’ai pu les accompagner en vrai pour se mettre en mouvement un peu… jusqu’au changement d’équipe et une réaction très différente de la première en me découvrant dans la salle… alors je suis allée dans un café, pour rester proche et au téléphone avec eux.» Mathilde Bruneau, doula à Paris

«Ça fait peur d’y aller en maternité, surtout les premières fois. C’est pas simple, c’est pas confortable. On ne sait pas comment on sera accueillie, on ne sait pas si on va réussir à trouver sa place… Mais finalement, une fois sur place, les parents ont TELLEMENT besoin de soutien qu’on n’est jamais de trop, au contraire. Et c’est très rare que le personnel médical ne s’en rende pas compte.

Parfois ils sont un peu perplexes, surpris de notre présence mais rapidement ça devient évident à quoi on sert. Pour ma part, ça c’est toujours très bien passé…Certes, une doula peut déjà faire une énorme différence en accompagnant un couple en pré et postnatal.

Mais le jour J, même pour les parents les mieux préparés du monde, les plus solides dans leurs convictions, même si c’est leur 10e bébé, même si tout va bien du début jusqu’à la fin, il y a de l’appréhension…il y a des choses intenses qui se vivent…» Emilie Pilot, doula à l’Île Maurice

«…J’ai la chance d’être à 15 minutes de la clinique, alors je fais des allers retours, je me présente à l’accueil mais on ne m’ autorise pas à rejoindre la salle de naissance, ni même de voir le papa. Pourtant, je me sens proche et reste en lien avec eux. Il est 16h, je sais à quel point il est important pour cette famille de bien se nourrir, je pense à eux, aux nombres d’heures écoulées… ¡e me dis qu’il est impératif qu’ils se ressourcent avec de la bonne nourriture ! Alors je vais m’arranger pour leur apporter des fruits et autres bonnes choses. Une infirmière me laisse entrer mais je ne pourrai pas les voir, seulement leur montrer que je pense à eux et que je ne suis pas loin, au téléphone. Ils sont rassurés de pouvoir me parler tout au long des processus. Et moi je me sens proche d’eux, au-delà des murs et je les soutiens». Élodie, doula en Bretagne 

Conclusion

Non les doulas ne nuisent pas aux sages-femmes et à leur travail. Elles s’occupent du bien être, de maintenir la confiance et la sécurité intérieure afin de favoriser les processus et le vécu de la mise au monde.

Oui les parents se sentent sécurisés par une personne non médicale choisie depuis des mois pour être à leurs côtés.