Nous entendons de la part de nombreuses formations doulas que l’écoute active est au cœur de l’enseignement et que les doulas ne donneront pas de conseils aux parents et seront ainsi mieux acceptées. Mais j’observe que ce choix des écoles a dévié les doulas de leur place auprès des parents en salle de naissance et leur réel rôle de soutien de ce passage devient inexistant.
Nous entendons souvent : « Si les parents sont bien informés, ils sauront se débrouiller le jour J. » Seules des personnes qui n’ont pas assisté à des naissances en milieu hospitalier peuvent affirmer cela. Il y a beaucoup de choses à transmettre et à faire pour que les parents se sentent en sécurité le jour de la naissance, surtout dans un milieu peu à l’écoute des réels besoins des femmes qui enfantent.
Comment les doulas peuvent-elles développer une pratique d’accompagnement en se limitant à l’écoute? Elles ne sont ni thérapeutes, ni coachs. Cette limitation créée une réelle confusion sur l’identité et le rôle des doulas. Et celles qui accompagnent les naissances doivent réapprendre à se présenter puisque le public et les professionnel.les ne savent plus ce qu’elles offrent à la base! La doula est souvent la seule personne choisie par les parents qui peut être à leurs côtés en salle de naissance. «Dans les hôpitaux du monde entier, le soutien continu pendant le travail est souvent devenu une exception plutôt que la règle.[1]»
Le sentiment de sécurité nécessaire à une mise au monde physiologique est possible si une personne connue, sécurisante et ayant certaines connaissances est aux côtés de celle qui met au monde. Le rôle de la doula est d’offrir un soutien concret, physique et émotionnel : elle rassure, encourage, soutient physiquement avec des positions qui soulagent, des respirations. Elle fait des propositions afin que la personne qui met au monde et qui arrive au bout de ses ressources découvre un nouveau chemin : elle nourrit la confiance des heures durant s’il le faut. Voilà ce qu’est l’essence de l’accompagnement.
La doula existe car les femmes savent qu’aller au bout d’une telle expérience en milieu hospitalier, sans intervention, nécessite un soutien continu d’une personne qui a certaines connaissances et qui se met totalement à son service. Plus il y aura des doulas pro actives en salle de naissance et plus les changements seront visibles. «Le soutien continu pendant le travail peut améliorer les résultats chez les femmes et les nourrissons, notamment en menant à une augmentation des accouchements par voie basse spontanés, à une réduction de la durée du travail, et à une diminution des accouchements par césarienne, des accouchements par voie basse avec assistance instrumentale, de l’utilisation d’une analgésie, de l’utilisation d’une analgésie régionale, des faibles scores d’Apgar à cinq minutes et des sentiments négatifs concernant le vécu de l’accouchement[2].»
Si les doulas ne vont pas aux naissances, les parents se retrouvent seuls face au système médical hyper contrôlant. Les chiffres témoignent de la hausse de certaines interventions et surtout de la disparition progressive des mises au monde physiologiques. Par exemple, en 2025, moins de 2 femmes sur 10 en France et moins de 3 femmes sur 10 au Québec donnent naissance sans péridurale. De moins en moins de femmes accouchent avec leurs propres hormones et sans aucune intervention.
Quel est l’impact de cette hypermédicalisation systématisée sur la santé des femmes et des bébés. Qui s’en préoccupe actuellement?
Le système médical, quel que soit le pays où l’on vit, a développé une pratique obstétricale axée sur la gestion des risques. Les parents sont peu informés et ont du mal à faire des choix éclairés car Ils sont rarement impliqués réellement dans le processus de soin et ils ne sont pas préparés en prénatal à devenir autonomes dans les salles de naissance mais à accepter les protocoles.
Il est très difficile pour eux de savoir s’ils prennent un réel risque en refusant un déclenchement ou une péridurale par exemple car les interventions sont presque toujours présentées comme étant nécessaires et vouloir accoucher naturellement est alors considéré comme plus risqué ce qui est un non sens! Les questions concernant les interventions peuvent être interprétées comme un refus de la médicalisation alors que c’est une recherche afin d’éviter des interventions non nécessaires. Voilà pourquoi les doulas, extérieures au système médical, sont importantes auprès des parents.
———————————
[1] [2] Le soutien continu pour les femmes pendant l’accouchement, Meghan A Bohren, G Justus Hofmeyr, Carole Sakala, Rieko K Kukuzawa, Anna Cuthbert Version published: 06 July 2017 https://www.cochranelibrary.com/cdsr/doi/10.1002/14651858.CD003766.pub6/full/fr?contentLanguage=fr